Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/284

Cette page a été validée par deux contributeurs.


l’Isaurie, passa sur le trône de l’Orient. Il ne connaissait ni la littérature sacrée ni la littérature profane ; mais son éducation rustique et guerrière, sa raison, et peut-être son commerce avec les Juifs et les Arabes, lui avaient inspiré de l’aversion pour les images, et l’on regardait alors comme le devoir d’un prince le soin d’obliger ses sujets à régler leur conscience sur la sienne. Toutefois, dans les commencemens d’un règne mal affermi, durant dix années de travaux et de dangers, Léon se soumit aux bassesses de l’hypocrisie ; il se prosterna devant des idoles qu’il méprisait au fond du cœur, et rassura chaque année le pontife romain par une déclaration solennelle de son zèle pour l’orthodoxie. Lorsqu’il voulut réformer la religion, ses premières démarches furent circonspectes et modérées : il assembla un grand conseil de sénateurs et d’évêques, et ordonna, d’après leur aveu, d’enlever toutes les images du sanctuaire et de l’autel, de les placer dans les nefs à une hauteur où on pût les apercevoir, et ou la superstition du peuple ne pourrait atteindre ; mais il n’y eut pas moyen de réprimer de l’un et de l’autre côté l’impulsion rapide de la vénération et de l’horreur : les saintes images placées à cette hauteur édifiaient toujours les dévots et accusaient le tyran. La résistance et les invectives irritèrent Léon lui-même. Son parti l’accusa de mal remplir ses de-

    facile de juger cette question avec une impartialité philosophique.