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ritoire d’Édesse[1]. À cette époque de détresse et de crainte, les moines employèrent toute leur éloquence à défendre les images ; ils voulurent prouver que les péchés et le schisme de la plus grande partie des Orientaux avaient aliéné la faveur et anéanti la vertu de ces précieux symboles ; mais ils eurent contre eux les murmures d’une foule de chrétiens ou simples ou raisonnables, qui invoquèrent les textes, les faits et l’exemple des temps primitifs, et qui désiraient en secret la réforme de l’Église. Comme le culte des images n’avait été établi par aucune loi générale ou positive, ses progrès dans l’empire d’Orient furent retardés ou accélérés selon les hommes et selon les dispositions du moment, selon les divers degrés des lumières répandues dans les diverses contrées, et selon le caractère particulier des évêques. L’esprit léger de la capitale et le génie inventif du clergé de Byzance s’attachèrent avec chaleur à un culte tout de représentation, tandis que les cantons éloignés de l’Asie, plus grossiers dans leurs mœurs, montraient peu de goût pour cette espèce de faste religieux. De nombreuses congrégations de gnostiques et d’ariens gardèrent après

  1. Voyez Elmacin (Hist. Saracen., p. 267), Abulpharage (Dynast., p. 201), Abulféda (Annal. Moslem., p. 264), et les Critiques de Pagi (t. III, A. D. 944). Ce prudent Franciscain n’ose déterminer si c’est à Rome ou à Gènes que repose l’image d’Édesse ; mais elle repose sans gloire ; et cet objet du culte des chrétiens a perdu sa vogue et sa célébrité.