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de la main des moines, attestaient le dernier degré de dégénération de l’art et du génie[1].

Opposition au culte des images.

Le culte des images s’était introduit peu à peu dans l’Église, et chacun des progrès de cette innovation était favorablement accueilli par l’esprit superstitieux, comme augmentant le nombre des moyens de consolation qu’on pouvait se permettre sans péché. Mais au commencement du huitième siècle, lorsque l’abus fut dans toute sa force, quelques Grecs d’une conscience timorée commencèrent à craindre d’avoir, sous les dehors du christianisme, rétabli la religion de leurs ancêtres ; ils ne pouvaient supporter sans douleur et sans impatience le nom d’idolâtres que leur donnaient sans cesse les Juifs et les musulmans[2], à qui la loi de Moïse et le Koran inspiraient une haine immortelle pour les images taillées, et toute espèce de culte qui pouvait y avoir rapport. La servitude des Juifs affaiblissait leur zèle et donnait peu d’importance à leurs accusations ;

  1. « Vos scandaleuses figures sortent de la toile ; elles sont aussi mauvaises que des statues groupées. » C’était ainsi que l’ignorance et le fanatisme d’un prêtre grec louaient des tableaux du Titien, qu’il avait commandés et qu’il ne voulait plus recevoir.
  2. Selon Cedrenus, Zonare, Glycas et Manassès, les auteurs de la secte des iconoclastes furent le calife Jezid et deux Juifs qui avaient promis l’empire à Léon. Les reproches que la haine inspire à ces sectaires sont interprétés comme une conspiration absurde pour le rétablissement de la pureté du culte chrétien. (Voyez Spanheim, Hist. Imag., c. 2.)