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que prononcerait enfin l’Église catholique. À la fin, elle se détermina en leur faveur : l’hérésie d’Apollinaire fut condamnée, et les lois impériales proscrivirent les diverses congrégations de ses disciples ; mais les monastères de l’Égypte continuèrent à suivre en secret ses principes, et ses ennemis éprouvèrent la haine de Théophile et de saint Cyrille, qui se succédèrent sur le trône d’Alexandrie.

Acquiescement des orthodoxes au décret de l’Église catholique, et dispute sur les mots par lesquels on exprimerait ce dogme.

V. La doctrine matérielle des ébionites et les dogmes fantastiques des docètes étaient proscrits et oubliés ; le zèle que venaient de montrer les catholiques contre les erreurs d’Apollinaire les força à se rapprocher en apparence de la double nature de Cérinthe. Mais au lieu d’une alliance passagère, ils établirent et nous adoptons encore l’union substantielle, indissoluble et à jamais durable d’un Dieu parfait avec un homme parfait, de la seconde personne de la Trinité avec une âme raisonnable et un corps humain. L’unité des deux natures était la doctrine dominante de l’Église au commencement du cinquième siècle. Les deux partis convenaient que nos idées et nos langues ne pouvaient ni représenter ni exprimer le mode de leur coexistence ; toutefois il existait une animosité secrète, mais implacable, entre ceux qui craignaient le plus de confondre et ceux qui avaient le plus de frayeur de séparer la divinité et l’humanité de Jésus-Christ. Des deux côtés une religieuse frénésie repoussait avec le sentiment de l’aversion l’erreur vers laquelle penchait le parti contraire, et qui de toutes leur paraissait la plus