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versaient du sang, devaient avoir une force divine, et pouvaient être l’objet d’une adoration religieuse. Le pinceau le plus hardi devait trembler de l’audacieuse pensée de rendre, par des traits et des couleurs, l’esprit infini, le Dieu tout-puissant qui pénètre et soutient l’univers[1] ; mais un esprit superstitieux se prêtait avec moins de peine, à peindre, à adorer les anges, et particulièrement le fils de Dieu, sous la forme humaine qu’il avait daigné adopter pendant son séjour sur la terre. La seconde personne de la Trinité s’était revêtue d’un corps réel et mortel ; mais ce corps était monté au ciel, et si on n’en eût pas offert quelque simulacre aux yeux de ses disciples, les restes ou les images des saints auraient effacé le culte spirituel de Jésus-Christ. On dut permettre, par les mêmes motifs, les images de la sainte Vierge ; on ignorait le lieu de sa sépulture ; et la crédulité des Grecs et des Latins s’était hâtée d’adopter l’idée de son assomption en corps et en âme dans les régions du ciel. L’usage et même le culte des images était bien établi avant la fin du sixième

  1. Ου γαρ το Θειον αϖλο‍υν υπαρχον και αληπτον μορφαις τισι και σχημασιν απεικαζομεν, ο‍υτε κηρῳ και ξυλοις την υπερο‍υσιον και προαναρχον ο‍υσιαν τιμαν ημεις διεγνωκαμεν. (Concilium Nicenum II, in Collect. Labbe, t. VIII, p. 1025, édit. de Venise.) « Il serait peut-être à propos, dit M. Dupin, de ne point souffrir d’images de la Trinité ou de la Divinité ; les défenseurs les plus zélés des images ayant condamné celles-ci, et le concile de Trente ne parlant que des images de Jésus-Christ et des Saints. » Biblioth. ecclésiast., t. VI, p. 154.