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mérite et leurs souffrances[1] ; mais une fidèle représentation de la personne et des traits du saint, reproduite par les moyens de la peinture ou de la sculpture, offrait des souvenirs encore plus intéressans que son crâne ou ses sandales. La tendresse particulière ou l’estime publique a mis dans tous les temps beaucoup d’intérêt à ces représentations si analogues aux affections humaines. On prodiguait des honneurs civils et presque religieux aux images des empereurs romains ; les statues des sages et des patriotes recevaient des hommages moins fastueux, mais plus sincères ; et ces profanes vertus, ces brillans péchés disparaissaient en présence des saints personnages qui s’étaient dévoués à la mort pour leur éternelle et céleste patrie. [Leur culte.]On fit d’abord l’essai du culte des images avec précaution et avec scrupule ; on les permettait pour instruire les ignorans, pour exciter les dévots peu fervens, et se conformer aux préjugés des païens, qui avaient embrassé ou qui désiraient d’embrasser le christianisme. Par une progression insensible, mais inévitable, les honneurs accordés à l’original se rendirent à la copie : le dévot priait devant l’image d’un saint ; et la génuflexion, les cierges allumés, l’encens et d’autres cérémonies païennes, s’introduisirent dans l’Église. Le puissant témoignage des visions et des miracles vint imposer silence aux scrupules de la raison et de la piété. On pensa que des images qui parlaient, se remuaient et

  1. Voyez les chapitres XXIII et XXVIII de cet ouvrage.