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propagation du christianisme, la constitution de l’Église catholique, la ruine du paganisme, et les sectes qui sont sorties des controverses mystérieuses élevées touchant la trinité et l’incarnation. On doit mettre au rang des principaux faits de cette espèce le culte des images, qui occasionna des disputes forcenées aux huitième et neuvième siècles, puisque cette question d’une superstition populaire a produit la révolte de l’Italie, le domaine temporel des papes et le rétablissement de l’Empire romain en Occident.

Les premiers chrétiens étaient dominés d’une invincible répugnance pour les images ; on peut attribuer cette aversion à leur origine judaïque et leur éloignement pour les Grecs. La loi de Moïse avait sévèrement défendu tous les simulacres de la Divinité ; et ce précepte avait jeté de profondes racines dans la doctrine et les mœurs du peuple choisi. Les apologistes de la religion chrétienne employèrent tous les traits de leur esprit contre les idolâtres qui se prosternaient devant l’ouvrage de leurs mains, devant ces images d’airain ou de marbre[1], qui, si elles eussent été douées de mouvement et de vie, auraient dû plutôt s’élancer de leur piédestal pour

  1. Nec intelligunt homines ineptissimi, quod si sentire simulacra et moveri possent, adoratura hominem fuissent à quo sunt expolita. (Div. Instit., l. II, c. 2). Lactance est le dernier et le plus éloquent des apologistes du christianisme ; leurs railleries sur les idoles attaquent non-seulement l’objet, mais aussi la forme et la matière.