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pour la première fois ces paroles mémorables : « Une seule nature incarnée en Jésus-Christ ; » paroles qui retentissent encore comme un cri de guerre dans les Églises d’Asie, d’Égypte et d’Éthiopie. Il enseigna que la Divinité s’était unie ou mêlée avec le corps d’un homme, et que le logos ou l’éternelle sagesse avait tenu en Jésus la place et rempli les fonctions de l’âme humaine ; mais, comme s’il eût été lui-même épouvanté de sa hardiesse, on l’entendit murmurer quelques mots d’excuse et d’explication. Il admit l’ancienne distinction qu’avaient établie les philosophes grecs entre l’âme raisonnable et l’âme sensitive de l’homme ; il réservait ainsi le logos pour les fonctions intellectuelles, et il employait le principe humain subordonné a celui-ci, aux fonctions moins relevées de la vie animale. Il révérait, avec les plus modérés d’entre les docètes, Marie comme la mère spirituelle plutôt que comme la mère charnelle de Jésus-Christ, dont le corps était venu du ciel impassible et incorruptible, ou bien avait été absorbé et transformé en l’essence de Dieu. On vit le système d’Apollinaire vivement combattu par les théologiens d’Asie et de Syrie, dont l’école s’honore des noms de saint Basile, de saint Grégoire et de saint Chrysostôme, et rougit de ceux de Diodore, de Théodore et de Nestorius ; mais on n’attenta point à la personne, à la réputation ou à la dignité du vieil évêque de Laodicée ; ses rivaux, qu’on ne peut soupçonner de s’être laissé aller à la faiblesse de la tolérance, furent peut-être étonnés de la nouveauté de ses argumens, et craignaient la décision