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supportaient, l’une la figure d’un loup, et l’autre celle d’une truie ; tous ceux dont le bras put atteindre cet ennemi public, se plurent à exercer sur lui quelques traits d’une cruauté brutale ou raffinée, jusqu’à ce qu’enfin deux Italiens, émus de pitié ou entraînés par la rage, lui plongèrent leurs épées dans le corps et terminèrent ainsi son châtiment dans cette vie. Durant une agonie si longue et si pénible, il ne prononça que ces paroles : « Seigneur, ayez pitié de moi ; pourquoi voulez-vous briser un roseau cassé ? » Au milieu de ses tortures, on oublie le tyran ; alors l’homme le plus criminel inspire de la compassion, et on ne peut blâmer sa résignation pusillanime, puisqu’un Grec soumis au christianisme n’était plus le maître de sa propre vie.

Isaac II, surnommé l’Ange. A. D. 1185. Sept. 12.

Je me suis laissé aller à m’étendre sur le caractère et les aventures extraordinaires d’Andronic ; mais je terminerai ici la suite des princes qu’a eus l’empire grec depuis le règne d’Héraclius. Les branches issues de la souche des Comnène avaient insensiblement disparu ; et la ligne mâle ne se continua que dans la postérité d’Andronic, qui, au milieu de la confusion publique, usurpa la souveraineté de Trébisonde, si obscure dans l’histoire et si fameuse dans les romans. Un particulier de Philadelphie, Constantin l’Ange, était parvenu à la fortune et aux honneurs en épousant une fille de l’empereur Alexis. Andronic, son fils, ne se distingua que par sa lâcheté, Isaac, son petit-fils, punit le tyran et le remplaça sur le trône ; mais il fut détrôné par ses vices et