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mais le silence du palais, le tumulte de la ville, l’abandon général où il se trouvait, portèrent l’effroi dans son âme. Il publia une amnistie générale ; ses sujets ne voulurent ni recevoir de pardon ni en accorder : il proposa d’abandonner la couronne à son fils Manuel ; mais les vertus du fils ne pouvaient expier les crimes du père. La mer était encore ouverte à sa fuite ; mais la nouvelle de la révolution s’était répandue le long de la côte ; du moment où avait cessé la crainte, l’obéissance avait disparu. Un brigantin armé poursuivit et prit la galère impériale ; Andronic, chargé de fers et une longue chaîne autour du cou, fut traîné aux pieds d’Isaac l’Ange. Son éloquence et les larmes des femmes qui l’accompagnaient sollicitèrent vainement en faveur de sa vie ; mais au lieu de donner à son exécution les formes décentes d’un châtiment légal, le nouveau monarque l’abandonna à la foule nombreuse de ceux que sa cruauté avait privés d’un père, d’un mari, d’un ami. Ils lui arrachèrent les dents et les cheveux, lui crevèrent un œil et lui coupèrent une main ; faible dédommagement de leurs pertes ! ils eurent soin de mettre quelque intervalle dans ces tortures, afin que sa mort fût plus douloureuse. On le monta sur un chameau, et, sans craindre que personne entreprît de le délivrer, on le conduisit en triomphe dans toutes les rues de la capitale, et la plus vile populace se réjouit de fouler aux pieds la majesté d’un prince déchu. Accablé de coups et d’outrages, Andronic fut enfin pendu par les pieds entre deux colonnes qui