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peuple désarmé qu’il se vit renversé du trône. La prudence ou la superstition d’Andronic avait prononcé l’arrêt de mort d’Isaac l’Ange, qui descendait par les femmes d’Alexis-le-Grand : prenant des forces dans son désespoir, Isaac défendit sa liberté et sa vie ; après avoir tué le bourreau qui venait exécuter l’ordre du tyran, il se réfugia dans l’église de Sainte-Sophie. Le sanctuaire se remplit insensiblement d’une multitude curieuse et affligée qui, dans le sort d’Isaac, prévoyait celui dont elle était menacée. Mais, passant bientôt des gémissemens aux imprécations, et des imprécations aux menaces, on osa se demander : « Pourquoi donc craignons-nous ? pourquoi obéissons-nous ? Nous sommes en grand nombre et il est seul : c’est notre seule patience qui nous retient dans l’esclavage. » À la pointe du jour, le soulèvement était général dans la ville ; on força les prisons ; les citoyens les moins ardens ou les plus serviles s’animèrent pour la défense de leur pays, et Isaac, second du nom, fut porté du sanctuaire sur le trône. Andronic, ignorant le danger qui le menaçait, se reposait alors des soins de l’état dans les îles délicieuses de la Propontide. Il avait contracté un mariage peu décent avec Alice ou Agnès, fille de Louis VII, roi de France, et veuve du malheureux Alexis, et sa société, plus analogue à ses goûts qu’à son âge, était composée de sa jeune femme et de celle de ses concubines qu’il aimait le plus. Au premier bruit de la révolution, il se rendit à Constantinople, impatient de verser le sang des coupables ;