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Audronic Ier, Comnène. A. D. 1183. Oct.

Le sceptre de Byzance fut la récompense des crimes d’Andronic ; il le porta environ trois ans et demi, soit en qualité de protecteur, soit en qualité de souverain de l’empire. Son administration présenta un singulier contraste de vices et de vertus. Lorsqu’il suivait ses passions, il était le fléau de son peuple, et quand il consultait sa raison, il en était le père. Il se montrait équitable et rigoureux dans l’exercice de la justice privée : il abolit une honteuse et funeste vénalité ; et comme il avait assez de discernement pour faire de bons choix et assez de fermeté pour punir les coupables, des gens de mérite ne tardèrent pas à remplir les charges : il détruisit l’usage inhumain de piller les malheureux naufragés et de s’emparer même de leur personne : les provinces opprimées ou négligées si long-temps se ranimèrent dans le sein de l’abondance et de la prospérité ; mais tandis que des millions d’hommes, placés loin de la capitale, célébraient le bonheur de son règne, les témoins de ses cruautés journalières le couvraient de malédictions. Marius et Tibère n’ont que trop vérifié cet ancien proverbe, que l’homme qui passe de l’exil à l’autorité est avide de sang. La vie d’Andronic en montra la justesse pour la troisième fois. Il se rappelait dans son exil tous ceux de ses ennemis et de ses rivaux qui avaient mal parlé de lui, qui avaient insulté à ses malheurs ou qui s’étaient opposés à sa fortune, et l’espoir de la vengeance était alors sa seule consolation. La nécessité où il s’était mis de faire punir le jeune empereur et