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humaine eussent marqué les époques de son éternelle durée ; que le Tout-Puissant eût été battu de verges et crucifié ; que son impassible essence eût éprouvé la douleur et les angoisses ; que cet être qui sait tout ne fût pas exempt d’ignorance ; et que la source de la vie et de l’immortalité eût expiré sur le mont Calvaire. Ces inquiétantes conséquences n’effrayaient point l’inaltérable simplicité d’Apollinaire[1], évêque de Laodicée, et l’une des lumières de l’Église. Fils d’un savant grammairien, il était versé dans toutes les sciences de la Grèce ; il dévoua humblement, au service de la religion, l’éloquence, l’érudition et la philosophie qu’annoncent ses ouvrages. Digne ami de saint Athanase et digne adversaire de Julien, il lutta courageusement contre les ariens et les polythéistes ; et quoiqu’il affectât la rigueur des démonstrations géométriques, il exposa dans ses Commentaires le sens littéral et le sens allégorique des Écritures. Ses funestes soins réduisirent sous une forme technique un mystère qui avait flotté long-temps dans le vague de l’opinion populaire ; et il publia

  1. Voyez sur Apollinaire et sa secte, Socrate (l. II, c. 46 ; l. III, c. 16), Sozomène (l. V, c. 18 ; l. VI, c. 25-27), Théodoret (l. V, 3, 10, 11), Tillemont (Mém. ecclés., tom. VII, p. 602-638, not. p. 789-794, in-4o, Venise, 1782). Les saints qui vécurent de son temps parlaient toujours de l’évêque de Laodicée comme d’un ami et d’un frère ; le style des historiens plus récens porte le caractère de l’aigreur et de l’inimitié. Cependant Philostorge le compare (l. VIII, c. 11-15) à saint Basile et à saint Grégoire.