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vengeur ; l’éloge des talens et même des vertus d’Andronic était dans toutes les bouches. Dans sa retraite, il affectait d’examiner les devoirs que lui imposait son serment : « Si la sûreté ou l’honneur de la famille impériale est menacé, disait-il, j’emploierai en sa faveur tous les moyens que je puis avoir. » Il entremêlait à propos dans sa correspondance avec le patriarche et les patriciens, des citations tirées des psaumes de David et des épîtres de saint Paul ; et il attendait patiemment que la voix de ses compatriotes l’appelât au secours de sa patrie. Lorsqu’il se rendit d’Œnoe à Constantinople, sa suite, d’abord peu considérable, devint bientôt une troupe nombreuse et ensuite une armée ; on le crut sincère dans ses professions de religion et de fidélité ; un costume étranger, qui, dans sa simplicité, faisait ressortir sa taille majestueuse, rappelait vivement à tous les esprits sa pauvreté et son exil. Tous les obstacles disparurent devant lui ; il arriva au détroit du Bosphore de Thrace ; la flotte de Byzance sortit du port pour recevoir avec acclamations le sauveur de l’empire. Le torrent de l’opinion était bruyant et irrésistible ; au premier souffle de l’orage disparurent tous les insectes qu’avaient fait prospérer les rayons de la faveur du prince. Le premier soin d’Andronic fut de s’emparer du palais, de saluer l’empereur, d’emprisonner l’impératrice Marie, de punir son ministre, et de rétablir le bon ordre et la tranquillité publique. Il se rendit ensuite au sépulcre de Manuel ; les spectateurs eurent ordre de se tenir à quelque dis-