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obtint la seigneurie de Béryte sur la côte de Phénicie. Dans son voisinage résidait une jeune et belle reine de sa nation et de sa famille, arrière-petite-fille de l’empereur Alexis, et veuve de Baudouin III, roi de Jérusalem. Elle alla voir son parent et conçut de l’amour pour lui. Cette reine s’appelait Théodora ; elle fut la troisième victime de ses séductions, et sa honte fut encore plus éclatante et plus scandaleuse que celle des deux autres. L’empereur, qui respirait toujours la vengeance, pressait vivement ses sujets et les alliés qu’il avait sur la frontière de Cilicie, d’arrêter Andronic et de lui crever les yeux. Il n’était plus en sûreté dans la Palestine ; mais la tendre Théodora l’instruisit des dangers qu’il courait, et l’accompagna dans sa fuite. La reine de Jérusalem se montra à tout l’Orient la concubine d’Andronic, et deux enfans illégitimes attestèrent sa faiblesse. Son amant se réfugia d’abord à Damas, où, dans la société du grand Noureddin et de Saladin, l’un de ses serviteurs, ce prince, nourri dans la superstition des Grecs, put apprendre à révérer les vertus des musulmans. En qualité d’ami de Noureddin, il visita probablement Bagdad et la cour de Perse ; et après un long circuit autour de la mer Caspienne et des montagnes de la Géorgie, il établit sa résidence parmi les Turcs de l’Asie Mineure, ennemis héréditaires de ses compatriotes. Andronic, sa maîtresse et la troupe de proscrits qu’il avait à sa suite, trouvèrent une retraite hospitalière dans les domaines du sultan de Colonia ; il s’acquitta envers lui par des in-