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qu’on leur demanda le serment de fidélité envers l’héritier présomptif, Andronic soutint seul l’honneur du nom romain ; il ne voulut point prêter ce serment illégitime, et protesta hautement contre l’adoption d’un étranger. Son patriotisme offensa l’empereur, mais il était d’accord avec les sentimens du peuple, et le monarque l’éloignant seulement de sa personne par un honorable exil, lui donna pour la seconde fois le commandement de la frontière de la Cilicie, avec la disposition absolue des revenus de l’île de Chypre. Les Arméniens y exercèrent encore son courage, et eurent occasion de s’apercevoir de sa négligence. Il désarçonna et blessa d’une manière dangereuse un rebelle qui déconcertait toutes ses opérations ; mais il découvrit bientôt une conquête plus facile et plus agréable à faire, la belle Philippa, sœur de l’impératrice Marie, et fille de Raimond de Poitiers, prince latin, qui régnait à Antioche. Abandonnant pour elle le poste qu’il devait garder, il passa l’été dans des bals et des tournois : Philippa lui sacrifia son innocence, sa réputation et un mariage avantageux. Andronic vit ses plaisirs interrompus par la colère de Manuel, irrité de cet affront domestique ; il abandonna l’imprudente princesse à ses larmes et à son repentir, et suivi d’une troupe d’aventuriers, il entreprit le pèlerinage de Jérusalem. Sa naissance, sa réputation de grand homme de guerre, le zèle qu’il annonçait en faveur de la religion, tout le désignait pour un des champions de la croix : il captiva le roi et le clergé, et