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se glissa dans le bois, et les Valaques trompés par le mannequin, lui laissèrent le temps de gagner Halicz. Il y fut bien reçu, et on le conduisit à Kiow, où résidait le grand-duc. L’habile Grec ne tarda pas à obtenir l’estime et la confiance de Ieroslas ; il savait se conformer aux mœurs de tous les pays, et fit admirer aux Barbares sa force et son courage contre les ours et les élans de la forêt. Pendant son séjour dans cette contrée septentrionale, il mérita son pardon de l’empereur, qui sollicitait le prince des Russes de joindre ses armes à celles de l’empire pour faire une invasion dans la Hongrie. Andronic, par son influence, fit réussir cette importante négociation ; et par un traité particulier, où il promettait fidélité à l’empereur, celui-ci promit d’oublier le passé. Andronic marcha à la tête de la cavalerie russe, du Borysthène aux rives du Danube. Malgré son ressentiment, Manuel avait toujours conservé du goût pour le caractère martial et dissolu d’Andronic ; et l’attaque de Zemlin, où il se montra, pour la valeur, le premier après l’empereur, mais seulement après lui, devint l’occasion d’un pardon libre et complet.

Dès qu’Andronic fut de retour dans sa patrie, son ambition se ralluma d’abord pour son malheur, et enfin pour celui de la nation. Une fille de Manuel était un faible obstacle aux vues ambitieuses des princes de la maison de Comnène, qui se sentaient plus dignes du trône : elle devait épouser le roi de Hongrie, et ce mariage contrariait les espérances et les préjugés des princes et des nobles : mais lors-