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peine de retour à Constantinople, il s’abandonnait tout entier aux arts et aux plaisirs d’une vie voluptueuse ; il dépensait pour ses habits, pour sa table et son palais, plus que n’avaient dépensé aucun de ses prédécesseurs ; et il passait de longs jours d’été dans les délicieuses îles de la Propontide, oisif et livré aux jouissances de ses incestueuses amours avec sa nièce Théodora. Les dépenses d’un prince guerrier et dissolu épuisèrent les revenus publics, et multiplièrent les impôts ; et, dans la détresse où se trouva réduit son camp lors de sa dernière expédition contre les Turcs, il eut à endurer d’un soldat au désespoir un bien amer reproche. Le prince se plaignit de ce que l’eau d’une fontaine, auprès de laquelle il étanchait sa soif, était mêlée de sang chrétien : « Ce n’est pas la première fois, ô empereur ! s’écria une voix qui partit de la foule, que vous buvez le sang de vos sujets chrétiens. » Manuel Comnène se maria deux fois ; il épousa d’abord la vertueuse Berthe ou Irène, princesse d’Allemagne, et ensuite la belle Marie, princesse d’Antioche, d’extraction française ou latine. Il eut de sa première femme une fille qu’il destinait à Bela, prince de Hongrie, qu’on élevait à Constantinople sous le nom d’Alexis ; et ce mariage aurait pu transférer le sceptre romain à une race de Barbares guerriers et indépendans ; mais dès que Marie d’Antioche eut donné un fils à l’empereur et un héritier à l’empire, les droits présomptifs de Bela furent abolis, et on ne lui accorda point la femme qui lui était promise : le prince hongrois reprit alors son nom,