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les uns pour sa sûreté, et les autres pour la leur. Dans une de ses guerres, après avoir placé une embuscade au fond d’un bois, il s’était porté en avant, afin de trouver une aventure périlleuse, n’ayant à sa suite que son frère et le fidèle Axuch, qui n’avaient pas voulu abandonner leur souverain. Il mit en fuite, après un combat très-court, dix-huit cavaliers : cependant le nombre des ennemis augmentait ; le renfort envoyé à son secours s’avançait d’un pas lent et timide ; et Manuel, sans recevoir une blessure, s’ouvrit un chemin à travers un escadron de cinq cents Turcs. Dans une bataille contre les Hongrois, impatienté de la lenteur de ses troupes, il arracha un drapeau des mains de l’enseigne qui se trouvait à la tête de la colonne, et fut le premier et presque le seul à passer un pont qui le séparait de l’ennemi. C’est dans ce même pays, qu’après avoir conduit son armée au-delà de la Save, il renvoya les bateaux en ordonnant, sous peine de mort, au chef de la flottille, de le laisser vaincre ou mourir sur cette terre étrangère. Au siége de Corfou, remorquant une galère qu’il avait prise, et se tenant sur la partie de son vaisseau la plus exposée, il affronta une grêle continuelle de pierres et de dards, sans autre défense qu’un large bouclier et une voile flottante ; et la mort était inévitable pour lui, si l’amiral sicilien n’eût enjoint à ses archers de respecter un héros. On dit qu’un jour il tua de sa main plus de quarante Barbares, et qu’il revint dans le camp, traînant quatre prisonniers turcs attachés aux anneaux de sa