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martiales de leur nouveau souverain, et se laissèrent flatter de l’idée qu’il joignait la sagesse de l’âge mûr à l’activité et à la vigueur de la jeunesse. L’expérience leur apprit bientôt qu’il avait seulement hérité du courage et des talens de son père, dont les vertus sociales étaient ensevelies dans le tombeau : durant tout son règne, qui fut de trente-sept ans, il fit la guerre sans cesse, mais avec des succès différens, aux Turcs, aux chrétiens et aux peuplades du désert situé par-delà le Danube. Il combattit sur le mont Taurus, dans les plaines de la Hongrie, sur la côte de l’Italie et de l’Égypte, et sur les mers de la Sicile et de la Grèce. L’effet de ses négociations se fit sentir de Jérusalem à Rome et en Russie ; et la monarchie de Byzance devint, pendant quelque temps, un objet de respect ou de terreur pour les puissances de l’Asie et de l’Europe. Manuel, élevé dans la pourpre et dans le luxe de l’Orient, y avait conservé ce tempérament de fer d’un soldat, dont on ne trouve guère d’exemple, qui puisse lui être égalé, que dans les vies de Richard Ier, roi d’Angleterre, et de Charles XII, roi de Suède. Telle était sa force et son habileté dans l’exercice des armes, que Raimond, surnommé l’Hercule d’Antioche, ne put manier la lance et le bouclier de l’empereur grec. Dans un fameux tournois, on le vit s’avancer sur un coursier fougueux et renverser, dès la première passe, deux Italiens que l’on comptait parmi les plus robustes chevaliers. Toujours le premier à l’attaque, et le dernier au moment de la retraite, il faisait trembler également ses amis et ses ennemis,