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armée victorieuse ; et dans les siéges et les batailles de cette guerre sainte, les Latins, ses alliés, furent étonnes de la valeur et des exploits d’un Grec. Il commençait à se livrer à l’ambitieux espoir de rétablir les anciennes limites de l’empire ; il avait l’esprit occupé de l’Euphrate et du Tigre, de la conquête de la Syrie et de Jérusalem, lorsqu’un accident singulier termina sa carrière et la félicité publique. Il chassait un sanglier dans la vallée d’Anazarbus ; dans sa lutte contre l’animal furieux, qu’il avait percé de sa javeline, un trait empoisonné tomba de son carquois et lui fit à la main une légère blessure : la gangrène survint, et finit les jours du meilleur et du plus grand des princes Comnène.

Manuel. A. D. 1143. Avril 8.

Une mort prématurée avait enlevé les deux fils aînés de Jean-le-Beau : Isaac et Manuel lui restaient ; guidé par la justice ou par l’affection, il préféra le plus jeune ; et les soldats, qui avaient applaudi à la valeur de ce jeune prince durant la guerre contre les Turcs, ratifièrent son choix. Le fidèle Axuch se rendit en hâte à Constantinople, s’assura de la personne d’Isaac, qu’il relégua dans une prison honorable ; et, par le don de quatre cents marcs d’argent, il s’assura la voix de ceux des ecclésiastiques qui menaient le clergé de Sainte-Sophie, et dont l’autorité était décisive pour la consécration de l’empereur. Manuel arriva bientôt dans la capitale à la tête de Son armée, composée de vieilles troupes affectionnées : son frère se contenta du titre de sebastocrator ; ses sujets admirèrent la stature élevée et les grâces