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peuple, Jean ne fut plus réduit à la pénible nécessité de punir ses ennemis personnels, ou même de leur pardonner. Sous son administration, qui fut de vingt-cinq ans, la peine de mort fut abolie dans l’empire romain : loi de miséricorde, douce à l’humanité du philosophe contemplateur, mais qui, dans un corps politique nombreux et corrompu, se trouve rarement d’accord avec la sûreté publique. Sévère pour lui-même et indulgent pour les autres, Jean était chaste, frugal et sobre ; et le philosophe Marc-Aurèle n’aurait pas dédaigné les vertus simples que ce prince tirait de son cœur, sans y avoir été instruit dans les écoles. Il méprisa et diminua le faste de la cour de Byzance, si accablant pour le peuple, et si méprisable aux yeux de la raison. Sous son règne, l’innocence n’eut rien à craindre, et le mérite put tout espérer. Sans s’arroger les fonctions tyranniques d’un censeur, il réforma peu à peu, mais d’une manière sensible, les mœurs publiques et privées de Constantinople. Ce caractère accompli n’offrit que le défaut des âmes nobles, l’amour des armes et de la gloire militaire ; mais la nécessité de chasser les Turcs de l’Hellespont et du Bosphore, peut justifier, du moins dans leur principe, les expéditions fréquentes de Jean-le-Beau. Le sultan d’Iconium fut resserré dans sa capitale ; les Barbares furent repoussés dans les montagnes, et les provinces maritimes de l’Asie goûtèrent, du moins pour un moment, le bonheur de s’en voir délivrées. Il marcha plusieurs fois de Constantinople vers Antioche et Alep, à la tête d’une