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occupée à se défendre contre l’actif et courageux George Paléologue, qui dans cette occasion combattait son père, sans songer qu’il travaillait pour sa postérité. Alexis monta sur le trône, et son vieux compétiteur fut enseveli dans l’ombre d’un monastère. Une armée composée de soldats de diverses nations obtint le pillage de la ville ; mais ces désordres publics furent expiés par les larmes et les jeûnes des Comnène, qui se soumirent à toutes les pénitences compatibles avec la possession de l’empire.

Alexis I er, Comnène. A. D. 1081. Avril.

La vie de l’empereur Alexis a été écrite par celle de ses filles qu’il aimait le plus. La princesse Anne Comnène, inspirée par sa tendresse et par l’estimable désir de perpétuer les vertus de son père, sentit bien que les lecteurs douteraient de sa véracité. Elle proteste à diverses reprises, qu’outre les faits parvenus à sa connaissance personnelle, elle a recherché les discours et les écrits de tous ceux qui ont vécu sous le règne de son père ; qu’après un intervalle de trente ans, oubliée du monde, qu’elle a elle-même oublié, sa triste solitude est inaccessible à l’espérance et à la crainte, et que la vérité, la simple et respectable vérité est plus sacrée pour elle que la gloire de son père ; mais au lieu de cette simplicité de style et de narration qui attire la confiance, un étalage recherché de savoir et de fausse rhétorique laisse voir à chaque page la vanité d’une femme auteur. Le véritable caractère d’Alexis se perd dans une vague accumulation de vertus ; un ton perpétuel de panégyrique et d’apologie éveille nos soup-