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blirent la grandeur impériale de leur maison ; Adrien et Nicéphore, les plus jeunes, en jouirent sans peine et sans danger. Alexis, le troisième et le plus distingué des cinq, avait été doué par la nature des plus précieuses qualités du corps et de l’esprit : développées par une éducation libérale, elles avaient été exercées ensuite dans l’école de l’obéissance et de l’adversité. L’empereur romain, par un soin paternel, ne voulut pas lui permettre de s’exposer dans la guerre des Turcs ; mais la mère des Comnène fut enveloppée avec toute son ambitieuse famille dans une accusation de crime de lèse-majesté, et reléguée par les fils de Ducas dans une île de la Propontide. Les deux frères en sortirent bientôt pour se distinguer et arriver à la faveur. Ils combattirent, sans se quitter, les rebelles et les Barbares, et demeurèrent attachés à l’empereur Michel, jusqu’à l’époque où il fut abandonné de tout le monde et de lui-même. Dans sa première entrevue avec Botaniate : « Prince, lui dit Alexis, avec une noble candeur, mon devoir m’avait rendu votre ennemi, les décrets de Dieu et ceux du peuple m’ont fait votre sujet ; jugez de ma fidélité à venir par mon opposition passée. » Honoré de l’estime et de la confiance du successeur de Michel, il employa sa valeur contre trois rebelles qui troublaient la paix de l’empire, ou du moins celle des empereurs. Ursel, Bryennius et Basilacius, redoutables par leurs nombreuses troupes et leur réputation militaire, furent vaincus successivement, et amenés au pied du trône chargés de chaînes ; et