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chèrent, et il avoua que la sûreté publique était la suprême loi : il rendit l’écrit important ; et quand la nomination de Romain eut renversé ses espérances, il ne pouvait plus ni rentrer en possession du papier qui le mettait en sûreté, ni rétracter ce qu’il avait dit, ni s’opposer au second mariage de l’impératrice. [Romain III, Diogène. A. D. 1067. Août.]Toutefois des murmures se faisaient entendre dans le palais ; les Barbares qui le gardaient agitaient leurs haches en faveur de la maison de Ducas, et ils ne se montrèrent paisibles qu’au moment où les jeunes princes furent apaisés par les larmes d’Eudoxie, et les assurances solennelles qu’ils reçurent de la fidélité de leur tuteur, qui soutint avec honneur et dignité le titre d’empereur. Je raconterai plus bas l’infructueuse valeur qu’il opposa aux progrès des Turcs. Sa défaite et sa captivité causèrent une blessure mortelle à la monarchie de Byzance ; et, remis en liberté par le sultan, il ne retrouva ni sa femme ni ses sujets. [Michel VII, Parapinace, Andronic Ier, Constantin XII. A. D. 1071. Août.]Eudoxie avait été reléguée dans un monastère, et les sujets de Romain avaient adopté cette rigoureuse maxime de loi civile, qu’un homme au pouvoir de l’ennemi est privé des droits publics et particuliers de citoyen, comme s’il était frappé de mort. Au milieu de la consternation générale, le César Jean fit valoir l’inviolable droit de ses trois neveux : Constantinople l’écouta, et Romain, alors entre les mains des Turcs, fut déclaré ennemi de la république, et reçu comme tel aux frontières. Il ne fut pas plus heureux contre ses sujets qu’il ne l’avait été contre les étrangers : la perte de deux batailles le détermina à céder le trône,