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prince guerrier et patriote, et père de cinq fils qui devaient maintenir la couronne dans sa famille. On put voir d’abord, dans les modestes refus de celui-ci, un effet naturel de sa réserve et de son attachement pour son frère et sa nièce ; mais, dans son inflexible obstination à refuser l’empire, bien qu’elle semble revêtir les couleurs de la vertu, on doit condamner un criminel oubli de son devoir, et un tort réel et peu commun envers sa famille et son pays. La pourpre qu’il refusa constamment fut acceptée par Constantin Ducas, ami de la maison des Comnène, et qui, à une extraction noble, joignait l’habitude des fonctions civiles et de la réputation en ce genre. Isaac se retira dans un couvent, où il recouvra la santé et survécut deux ans à son abdication, soumis aux ordres de son abbé. Il suivit la règle de saint Basile, et remplit les fonctions les plus serviles du monastère ; mais le reste de vanité, qu’il conservait sous son habit de moine, fut satisfait des visites fréquentes et respectueuses qu’il reçut de l’empereur régnant, dont il était révéré comme un bienfaiteur et comme un saint.

Constantin X, Ducas. A. D. 1059. Déc. 25.

Si Constantin X fut en effet l’homme qui mérita le mieux de monter sur le trône, il faut plaindre la dégénération de son siècle et de sa nation. Occupé à composer des déclamations puériles qui ne lui purent obtenir la couronne de l’éloquence, à ses yeux plus précieuse que celle de Rome, livré aux fonctions subalternes de juge, il oublia les devoirs d’un souverain et d’un guerrier. Loin d’imiter l’indifférence patriotique des auteurs de son élévation, Ducas ne