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teté, et Constantin n’avait eu que trois filles ; Eudoxie, qui se fit religieuse, Zoé et Théodora : elles étaient parvenues à la maturité de leur âge dans l’ignorance et la virginité, lorsque, dans le conseil de leur père mourant, on s’occupa du soin de les marier. Théodora, trop dévote ou trop froide, refusa de donner un héritier à l’empire ; mais Zoé, victime volontaire, consentit à se présenter à l’autel. On choisit pour son époux Romain Argyrus, patricien, d’une figure agréable et d’une bonne réputation ; sur le refus qu’il fit de cet honneur, on lui signifia que s’il n’obéissait pas, il n’avait qu’à choisir entre la mort et la perte de la vue. Il était marié, et l’affection qu’il avait pour sa femme était cause de sa résistance ; mais cette femme généreuse sacrifia son bonheur à la sûreté et à la grandeur de son mari, et en se retirant dans un monastère, leva le seul obstacle qui l’empêchât de s’unir à la famille impériale. Après la mort de Constantin, le sceptre passa dans les mains de Romain III ; mais son administration intérieure et ses opérations au dehors furent également faibles et infructueuses ; l’âge de Zoé, parvenue alors à sa quarante-huitième année, la rendit peu propre à fonder de grandes espérances de postérité ; cependant il permettait encore les plaisirs, et l’impératrice honorait de sa faveur un de ses chambellans, le beau Michel, Paphlagonien, dont le premier métier avait été celui de changeur de monnaie. Romain, par reconnaissance ou par esprit de justice, favorisait ce coupable amour ou se rendait facile sur les preuves de leur