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Celle-ci épousa Othon II, empereur d’Occident ; Anne fut mariée à Wolodimir, grand-duc et apôtre de Russie ; et sa petite-fille ayant épousé HenriIer, roi de France, le sang des Macédoniens et peut-être celui des Arsacides coule encore dans les veines de la famille des Bourbons. Après la mort de son mari, l’impératrice voulut régner sous le nom de ses fils, l’un âgé de cinq ans et l’autre de deux. Elle s’aperçut bientôt de l’instabilité d’un trône qui n’avait d’appui qu’une femme qu’on ne pouvait estimer, et deux enfans qu’on ne pouvait craindre. Alors elle porta les yeux autour d’elle pour trouver un protecteur, et se jeta dans les bras du guerrier le plus brave : elle était facile et peu délicate, mais la difformité de son nouvel amant fit croire que l’intérêt pouvait bien être le motif et l’excuse de cette liaison. Nicéphore Phocas avait aux yeux du peuple le double mérite d’un héros et d’un saint. Sous le premier rapport, il était doué de qualités réelles et brillantes : descendant d’une race illustre par des exploits guerriers, il avait montré dans tous les grades et dans toutes les provinces la valeur d’un soldat et les talens d’un général, et il venait d’ajouter à sa gloire par l’importante conquête de l’île de Crète : sa religion était plus équivoque, et son cilice, ses jeûnes, son langage dévot, le désir qu’il montrait de se retirer du monde, n’étaient que le masque d’une profonde et dangereuse ambition. Cependant, il sut en imposer à un saint patriarche par l’influence duquel il obtint un décret du sénat qui lui donnait, durant