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et glorieuse ; les études qui avaient amusé et honoré ses loisirs n’étaient plus compatibles avec les devoirs sérieux d’un souverain. L’empereur, au lieu de régir ses états, s’amusa à enseigner à son fils la théorie du gouvernement : livré à l’intempérance et à la paresse, il laissa tomber les rênes de l’administration dans les mains d’Hélène sa femme, dont la faveur capricieuse faisait toujours regretter le ministre qu’elle éloignait par le choix d’un plus indigne successeur. Toutefois la naissance et les malheurs de Constantin l’avaient rendu cher aux Grecs : ils excusèrent ses fautes, ils respectèrent son savoir, son innocence, sa charité et son amour de la justice ; et la cérémonie de ses funérailles fut honorée des larmes sincères de ses sujets. Suivant un ancien usage, son corps fut exposé en grand appareil dans le vestibule du palais, et les officiers de l’ordre civil et de l’ordre militaire, les patriciens, le sénat et le clergé s’approchèrent chacun à leur tour pour adorer et baiser la dépouille inanimée de leur souverain. Avant que le convoi se mît en marche vers le lieu qui servait de sépulture aux empereurs, un héraut faisait entendre cet effrayant avertissement : « Levez-vous, roi de la terre, et obéissez aux ordres du roi des rois. »

Romain II, le Jeune. A. D. 959, Nov. 15.

On crut que Constantin était mort empoisonné, et Romain, son fils, qui avait pris le nom de son grand-père maternel, monta sur le trône de Constantinople. Un prince qu’à vingt ans on soupçonnait d’avoir hâté le moment où il devait hériter de son