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à l’idée d’une nature telle que l’air, le feu ou l’éther, substances incomparablement plus parfaites que les matériaux grossiers de notre univers. Si nous déterminons le lieu qu’occupe la Divinité, nous devons faire une sorte de description de sa figure. D’après notre expérience et peut-être notre vanité, la puissance de la raison et de la vertu se représente à nous sous une forme humaine. Les anthropomorphites, qui étaient en grand nombre parmi les moines de l’Égypte et les catholiques de l’Afrique, pourraient citer cette déclaration formelle de l’Écriture, que Dieu a fait l’homme à son image[1]. Le vénérable Sérapion, un des saints du désert de Nitrie, abandonna en pleurant une croyance qu’il chérissait, et gémit comme un enfant d’une conversion qui lui enlevait son Dieu et laissait son esprit sans aucun objet visible de foi et de dévotion[2].

  1. Le pèlerin Cassien, qui parcourut l’Égypte au commencement du cinquième siècle, observe et déplore le règne de l’anthropomorphisme parmi les moines, qui ne savaient pas qu’ils suivaient le système d’Épicure (Cicéron, De nat. deorum, l. I, c. 18-34). Ab universo prope modum genere monachorum, qui per totam provinciam Ægyptum morabantur per simplicitatis errore susceptum est, ut à contrario memoratum pontificem (Theophilum) velut hæresi gravissimâ depravatum, pars maxima seniorum ab universo fraternitatis corpore decerneret detestandum. (Cassien, Collation., X, 2.) Tant que saint Augustin fut attaché au manichéisme, il se montra très-scandalisé de l’anthropomorphisme des catholiques vulgaires.
  2. Ita est in oratione senex mente confusus eo quod illam