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années s’écoulèrent avant la mort de son père : le fils de Léon fut toujours soumis volontairement ou malgré lui à ceux qui prenaient autorité sur sa faiblesse, ou abusaient de sa confiance. Alexandre, son oncle, revêtu depuis long-temps du titre d’Auguste, fut le premier collègue et le premier maître du jeune prince ; mais, parcourant rapidement la carrière du vice et de la folie, le frère de Léon égala bientôt en ce genre la réputation de l’empereur Michel ; et quand la mort le surprit, il avait dessein de mettre son neveu hors d’état d’avoir des enfans, et de laisser l’empire à un indigne favori. Le reste de la minorité de Constantin fut soumis à sa mère Zoé, successivement conseillée par sept régens qui ne s’occupaient que de leurs intérêts, et qui, satisfaisant leurs passions, abandonnaient la république, se supplantaient les uns les autres, et disparurent enfin devant un guerrier qui se rendit maître de l’empire. Romain Lecapenus, d’une extraction obscure, était parvenu au commandement des armées navales, et au milieu de l’anarchie de l’empire, avait mérité ou du moins obtenu l’estime de la nation. Il sortit de l’embouchure du Danube avec une escadre victorieuse et affectionnée ; il arriva dans le port de Constantinople, et fut salué comme le libérateur du peuple et le tuteur du prince. Une dénomination nouvelle, celle de père de l’empereur, exprima ses importantes fonctions ; [Romain I, Lecapanus. A. D. 919. Décemb. 24.]mais Romain dédaigna bientôt le pouvoir subordonné d’un ministre, et prenant les titres de César et d’Auguste, il s’arrogea toute