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meurtre de son bienfaiteur ne peut être regardé que comme un acte d’ingratitude et de trahison, et les églises qu’il dédia à saint Michel ne furent qu’une misérable et puérile expiation de son crime.

La vie de Basile Ier peut, dans ses différentes époques, être comparée à celle d’Auguste. La situation du Grec ne lui permit pas, dans sa première jeunesse, d’attaquer sa patrie à la tête d’une armée, ou de proscrire les plus nobles de ses concitoyens ; mais son génie ambitieux se soumit à tous les artifices d’un esclave ; il cacha son ambition et même ses vertus, et se rendit maître, par un assassinat, de cet empire, qu’il gouverna ensuite avec la prudence et la tendresse d’un père. Les intérêts d’un individu peuvent se trouver en contradiction avec ses devoirs ; mais un monarque absolu est dénué de sens ou de courage lorsqu’il sépare son bonheur de sa gloire, ou sa gloire du bonheur public. La vie ou le panégyrique de Basile a été composée et publiée sous la longue domination de ses descendans ; mais on peut attribuer à son mérite supérieur leur stabilité sur le trône. L’empereur Constantin, son petit-fils, a essayé de nous donner dans la peinture de son caractère la parfaite image d’un véritable monarque ; et si ce faible prince n’eût pas copié un modèle, il ne se serait pas élevé si aisément au-dessus du niveau de ses propres idées et de sa propre conduite ; mais le plus sûr éloge de Basile se trouve dans la comparaison du misérable état de la monarchie qu’il enleva à Michel, avec la situation florissante de cette même monar-