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déré : quelques docètes ont enseigné, non pas que Jésus-Christ fût un fantôme, mais qu’il était revêtu d’un corps impassible et incorruptible. Tel est, en effet, dans le système le plus orthodoxe, le corps qu’il possède depuis sa résurrection, et tel est celui qu’il doit avoir toujours possédé pour être capable de pénétrer sans résistance et sans blessure une matière intermédiaire. Doué des propriétés les plus essentielles de la chair, ce corps devait être exempt de ses attributs et de ses infirmités : un fœtus qui d’un point invisible arriverait à son entière maturité, un enfant qui parviendrait à la stature d’un homme fait, sans tirer aucune nourriture des sources ordinaires, pourrait continuer d’exister sans réparer, par des repas journaliers, ses pertes journalières ; Jésus pouvait donc partager les repas de ses disciples sans éprouver la soif ou la faim, et sa pureté virginale ne fut jamais souillée par les mouvemens involontaires de la concupiscence. Si l’on demandait par quels moyens et de quelle matière un corps si singulièrement constitué avait pu être formé primitivement, les gnostiques et d’autres sectaires répondaient que la forme et la substance provenaient de l’essence divine : réponse qui étonne notre théologie plus raisonnable, et qui ne leur était pas particulière. L’idée d’un esprit pur et absolu est un raffinement de la philosophie moderne. L’essence spirituelle, que les anciens attribuaient aux âmes humaines, aux êtres célestes et à Dieu lui-même, n’exclut pas la notion d’un espace étendu, et leur imagination s’attachait