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le plus intéressant de la course : il ordonna d’éteindre les feux importuns qui, destinés à avertir du danger, répandaient trop souvent l’alarme dans le pays situé entre Tarse et Constantinople. Les plus habiles conducteurs de chars obtenaient les premières places dans sa confiance et dans son estime ; il leur permettait de lui donner des festins, et il tenait leurs enfans sur les fonts de baptême : il s’applaudissait alors de sa popularité, et affectait de blâmer la froide et imposante réserve de ses prédécesseurs. L’univers ne connaissait plus ces débauches contraires à la nature qui ont déshonoré même l’âge viril de Néron ; mais Michel consumait ses forces en se livrant à l’amour et à l’intempérance. Échauffé par le vin, dans ses orgies nocturnes il donnait les ordres les plus sanguinaires, et lorsqu’au retour de sa raison l’humanité parvenait à se faire entendre, il en était réduit à approuver la salutaire désobéissance de ses serviteurs. Mais le trait le plus extraordinaire du caractère de Michel est la profane liberté avec laquelle il tournait en ridicule la religion de son pays. La superstition des Grecs pouvait à la vérité exciter le sourire d’un philosophe ; mais le sourire du sage eût été raisonnable et modéré, et il aurait désapprouvé la sottise ignorante d’un jeune homme qui insultait aux objets de la vénération publique. Un bouffon de la cour prenait une robe de patriarche ; ses douze métropolitains, au nombre desquels se trouvait l’empereur, se couvraient d’habits ecclésiastiques ; ils maniaient et profanaient les vases sacrés,