Page:Gibbon - Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, traduction Guizot, tome 9.djvu/196

Cette page a été validée par deux contributeurs.


mépris et l’ingratitude de cet opiniâtre jeune homme. À l’âge de dix-huit ans, il s’affranchit de l’autorité de Théodora, sans s’apercevoir qu’il était hors d’état de gouverner l’empire et de se gouverner lui-même. Avec Théodora s’éloignèrent de la cour la sagesse et la gravité ; on ne vit plus que le vice et la folie y régner tour à tour, et il fut impossible d’acquérir ou de conserver la faveur du prince sans perdre l’estime publique. Les millions amassés pour le service de l’état furent prodigués aux plus vils des hommes, qui flattaient ses passions et partageaient ses plaisirs ; et dans un règne de treize ans, le plus riche des monarques fut réduit à vendre les ornemens les plus précieux de son palais et ceux des églises. Semblable à Néron, les amusemens du théâtre le charmaient ; et comme lui il voyait avec dépit qu’on le surpassât dans les avantages qu’il aurait dû rougir de posséder. Mais l’étude qu’avait faite Néron de la musique et de la poésie, annonçait une sorte de goût pour les occupations libérales ; les inclinations plus ignobles du fils de Théophile se bornaient aux courses de chars de l’Hippodrome. Les quatre factions qui avaient troublé la paix de la capitale amusaient encore ses oisifs habitans : l’empereur prit la livrée des Bleus ; il distribua à ses favoris les trois couleurs rivales, et dans l’ardeur de ces vils exercices, il oublia la dignité de sa personne et la sûreté de ses états. Il fit taire un courrier qui, pour lui apprendre que l’ennemi venait d’envahir une des provinces de l’empire, s’avisa de l’aborder au moment