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rempli de marchandises de la Syrie, qui appartenaient à sa femme, il condamna le navire au feu, et reprocha avec aigreur à Théodora de dégrader sa qualité d’impératrice pour prendre celle d’une marchande : toutefois, au lit de la mort, il lui confia la tutelle de l’empire et celle de son fils Michel, âgé alors de cinq ans. [Michel III. A. D. 842. Janv. 20.]Le rétablissement des images et l’entière expulsion des iconoclastes ont rendu le nom de Théodora cher aux Grecs ; mais dans la ferveur de son zèle religieux, elle n’oublia point les soins que lui prescrivait la reconnaissance pour la mémoire et le salut de son mari. Après treize ans d’une administration sage et modérée, elle s’aperçut du déclin de son crédit ; mais cette seconde Irène n’imita que les vertus de la première : au lieu d’attenter à la vie ou à l’autorité de son fils, elle se dévoua sans résistance, mais non pas sans murmure, à la solitude de la vie privée, en déplorant l’ingratitude, les vices et la ruine inévitable de son indigne fils.

Parmi ceux des successeurs de Néron et d’Héliogabale qui se montrèrent les imitateurs de leurs vices, nous n’avions pas encore trouvé un prince qui regardât le plaisir comme l’objet important de la vie, et la vertu comme l’ennemie du plaisir. Quels qu’eussent été les soins de Théodora pour l’éducation de son fils, le malheur de ce prince fut d’être souverain avant d’être homme ; mais si cette mère ambitieuse s’efforça d’arrêter le développement de sa raison, elle ne put calmer l’effervescence de ses passions, et sa conduite intéressée fut justement punie par le