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Lorsque l’empereur eut perdu sa femme, le sénat l’engagea à épouser Euphrosine, fille de Constantin VI, enfermée dans un monastère, et il se rendit à cette prière. Par égard sans doute pour l’auguste naissance d’Euphrosine, le contrat de mariage déclara que ses enfans partageraient l’empire avec leur frère aîné ; mais ce second mariage fut stérile, et Euphrosine se contenta du titre de mère de Théophile, fils et successeur de Michel.

Théophile, A. D. 829. Octobre 2.

Théophile nous offre l’exemple bien rare d’un hérétique et d’un persécuteur dont le zèle religieux a avoué, peut-être exagéré les vertus. Ses ennemis éprouvèrent souvent sa valeur, et il fit sentir sa justice à ses sujets ; mais sa valeur fut téméraire et infructueuse et sa justice arbitraire et cruelle. Il déploya l’étendard de la croix contre les Sarrasins ; mais ses cinq expéditions se terminèrent par un revers signalé. Amorium, patrie de ses ancêtres, fut rasée, et ses travaux militaires ne lui procurèrent que le surnom de malheureux. Un souverain montre sa sagesse dans l’institution des lois et le choix des magistrats ; et tandis qu’il paraît inactif, le gouvernement civil fait sa révolution autour de son centre, avec le silence et le bon ordre du système planétaire. Théophile fut juste comme le sont les despotes de l’Orient, qui, lorsqu’ils exercent eux-mêmes l’autorité, suivent la raison ou la passion du moment, sans s’occuper des lois, ou sans mesurer la peine sur le délit. Une pauvre femme vint se jeter à ses pieds et se plaindre du frère de l’impératrice, dont le palais avait été