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discrétion, et qu’ils n’avaient qu’un petit nombre d’heures pour se sauver et délivrer leur ami et l’empire. Aux grandes fêtes de l’Église, une troupe choisie de prêtres et de musiciens se rendait au palais par une petite porte, afin de chanter les matines dans la chapelle ; et Léon, qui faisait observer dans ses chœurs une discipline aussi exacte que dans son camp, assistait presque toujours à cet office du matin. Les conjurés, revêtus d’habits ecclésiastiques et ayant des glaives sous leurs robes, entrèrent mêlés à ceux qui devaient officier ; ils se glissèrent dans les angles de la chapelle, et attendirent que l’empereur entonnât le premier psaume, signal dont ils étaient convenus. Ils fondirent d’abord sur un malheureux qu’ils prenaient pour Léon ; l’obscurité du jour et l’uniformité des vêtemens auraient pu favoriser l’évasion de celui-ci ; mais ils découvrirent bientôt leur méprise, et environnèrent de tous côtés la victime royale. L’empereur, qui se trouvait sans armes et sans défenseur, saisit une lourde croix et imposa quelques momens aux assassins ; il demanda grâce, et on lui répondit d’une voix terrible, « que c’était le moment non pas de la miséricorde, mais de la vengeance. » Un coup de sabre abattit d’abord son bras droit et la croix, et il fat ensuite massacré au pied de l’autel.

Michel II, surnommé le Bègue. A. D. 820. Déc. 25.

La destinée de Michel II, qu’on surnomma le surnommé le Bègue, à cause d’un défaut dans l’organe de la parole, présenta une révolution mémorable. Il échappa de la fournaise à laquelle il était destiné, pour monter