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Le divorce et le second mariage de Constantin blessèrent les préjuges des ecclésiastiques, et il perdit par sa rigueur imprudente l’affection des gardes arméniennes. Il se forma une puissante conspiration pour le rétablissement d’Irène ; et ce secret, bien que confié à un grand nombre de personnes, fut fidèlement gardé plus de huit mois. L’empereur, à la fin, commençant à soupçonner le danger qu’il courait, se sauva de Constantinople avec le dessein de réclamer le secours des provinces et des armées. Cette brusque évasion laissa Irène sur le bord du précipice : toutefois, avant d’implorer la clémence de son fils, elle adressa une lettre particulière aux amis qu’elle avait placés autour de la personne du prince, et les menaça, s’ils manquaient à la parole qu’ils lui avaient donnée, de révéler à l’empereur leur trahison. La crainte les rendit intrépides ; ils saisirent l’empereur sur la côte d’Asie, et l’amenèrent au palais dans l’appartement de porphyre, celui où il avait reçu le jour. L’ambition avait étouffé dans le cœur d’Irène tous les sentimens de l’humanité et ceux de la nature ; il fut décidé, dans son conseil sanguinaire, qu’on mettrait Constantin hors d’état de régner : ses émissaires se jetèrent sur le prince au moment où il dormait ; ils enfoncèrent leurs poignards dans ses yeux avec une telle violence et une telle précipitation, qu’on eût dit qu’ils voulaient lui donner la mort. Un passage équivoque de Théophane a persuadé à l’auteur des Annales de l’Église, qu’en effet l’empereur expira sous leurs coups. L’au-