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voir. Convaincu par leurs discours et de ses droits à l’autorité et de ses talens pour régner, il consentit à ce qu’en récompense de ses services, Irène fût exilée pour sa vie dans l’île de Sicile. La vigilance et la pénétration de l’impératrice déconcertèrent aisément leurs projets mal combinés. Ces jeunes gens et leurs instigateurs furent punis par l’exil qu’ils avaient voulu lui imposer, ou par des châtimens plus sévères encore. Celui d’un fils ingrat fut la punition infligée d’ordinaire aux enfans. La mère et le fils furent dès lors à la tête de deux factions domestiques, et au lieu de régner sur lui par la douceur, et de l’assujettir à l’obéissance sans qu’il s’en aperçût, elle tint dans les chaînes un captif et un ennemi. Elle se perdit par l’abus de la victoire ; le serment de fidélité, qu’elle exigea pour elle seule, fut prononcé avec répugnance et avec des murmures ; et les gardes arméniennes ayant osé le refuser, le peuple, encouragé par cette hardiesse, reconnut librement et unanimement Constantin VI pour légitime empereur des Romains. Il prit le sceptre en cette qualité, et il condamna sa mère à l’inaction et à la solitude. Alors la fierté d’Irène descendit à la dissimulation, elle flatta les évêques et les eunuques, elle ranima la tendresse filiale du prince, regagna sa confiance et trompa sa crédulité. Constantin ne manquait ni de sens ni de courage : mais on avait à dessein négligé son éducation, et son ambitieuse mère dénonçait à la censure publique les vices qu’elle avait nourris et les actions qu’elle avait secrètement conseillées.