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nombreuse et savante, inventèrent le système fantastique que propagèrent ensuite les marcionites, les manichéens et les gnostiques de toutes les dénominations[1]. Ils ne voulurent point admettre la vérité et l’authenticité des Évangiles, en ce qui a rapport à la conception de Marie, à la naissance de Jésus-Christ, et aux trente années qui précédèrent l’exercice de son ministère. C’était sur les bords du Jourdain qu’il avait paru d’abord dans toute la perfection de la forme humaine ; mais, disaient ces hérésiarques, ce n’était qu’une forme et non pas une substance ; c’était une simple figure humaine créée par le Dieu tout-puissant, pour imiter les facultés et les actions d’un homme, et faire une illusion continuelle aux sens de ses amis et de ses ennemis. Des sons articulés frappaient les oreilles de ses disciples ; mais l’image qui se gravait sur leur nerf optique se refusait à la preuve plus positive du toucher, et ils jouissaient de la présence spirituelle et non pas de la présence

    batur, etc. (Saint Jérôme, Advers. Lucifer., c. 8.) L’épître de saint Ignace aux habitans de Smyrne, et même l’Évangile selon saint Jean, ont pour but de détruire l’erreur des docètes, qui faisait des progrès, et qui avait obtenu trop de crédit dans le monde. (I. Jean, IV, I, 5.)

  1. Vers l’an 200 de l’ère chrétienne, saint Irénée et Hippolyte réfutèrent les trente-deux sectes της ψευδωνυμο‍υ γνωσεως, qui s’étaient multipliées, du temps de saint Épiphane, jusqu’au nombre de quatre-vingts. (Phot., Bibl. ; Cod., 120, 121, 122.) Les cinq livres d’Irénée n’existent plus qu’en latin barbare ; mais on retrouverait peut-être l’original dans quelque monastère de la Grèce.