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lie, et les soldats l’ayant revêtu de la pourpre, l’Empire romain applaudit à ce choix. Léon III, élevé à ce poste dangereux, s’y soutint malgré l’envie de ses égaux, le mécontentement d’une faction redoutable et les attaques de ses ennemis étrangers et domestiques. Les catholiques, tout en s’élevant contre ses innovations en matière de religion, sont obligés de convenir qu’il les entreprit avec modération et qu’il les exécuta avec fermeté. Leur silence a respecté la sagesse de son administration et la pureté de ses mœurs. Après un règne de vingt-quatre ans, il mourut tranquillement dans le palais de Constantinople, et ses descendans héritèrent, jusqu’à la troisième génération, de la pourpre qu’il avait acquise.

Constantin V, Copronyme. A. D. 741. Juin 18.

Le règne de Constantin V, surnommé Copronyme, et successeur de Léon, fut de trente-quatre ans ; il attaqua avec un zèle moins modéré le culte des images. Tout le fiel de la haine religieuse s’est épuisé dans la peinture que les partisans des images nous ont laissée de la personne et du règne de ce prince, de cette panthère tachetée, de cet antéchrist, ce dragon volant, ce rejeton du serpent qui séduisit la première femme : selon eux, il surpassa les vices d’Héliogabale et de Néron ; son règne fut une longue boucherie des personnages les plus nobles, les plus saints ou les plus innocens de l’empire ; il assistait au supplice de ses victimes ; il examinait les convulsions de leur agonie, écoutait avec plaisir leurs gémissemens, et ne pouvait se désaltérer du sang qu’il se plaisait à répandre ; souvent il battait de verges, ou