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tune d’un plébéien, qui s’éleva du dernier au premier rang de la société, suppose des qualités au-dessus du niveau de la multitude. Il y a lieu de penser que ce plébéien ignorait et dédaignait les sciences, et que, dans sa carrière ambitieuse, il se dispensa des devoirs de la bienveillance et de la justice ; mais on peut croire qu’il possédait les vertus utiles, telles que la prudence et la force, qu’il connaissait les hommes et l’art important de gagner leur confiance et de diriger leurs passions. On convient généralement que Léon était né dans l’Isaurie, et qu’il porta d’abord le nom de Gonon. Des écrivains, dont la satire maladroite peut lui servir d’éloge, le représentent comme courant les foires du pays à pied, suivi d’un âne chargé de quelques marchandises de peu de valeur. Ils racontent ridiculement qu’il trouva sur sa route quelques Juifs, diseurs de bonne aventure, et qui lui promirent l’Empire romain, sous la condition d’abolir le culte des idoles. D’après une version plus vraisemblable, son père quitta l’Asie Mineure pour aller s’établir dans la Thrace, où il exerça l’utile profession de nourrisseur de bestiaux, et où il devait avoir acquis des richesses considérables, puisque ce fut au moyen d’une fourniture de cinq cents moutons qu’il obtint de faire entrer son fils au service de l’empereur. Léon fut d’abord placé dans les gardes de Justinien ; il attira bientôt l’attention du tyran, et devint ensuite l’objet de ses soupçons. Sa valeur et sa dextérité se firent remarquer dans la guerre de Colchide. Anastase lui donna le commandement des légions de l’Anato-