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avait abandonné la cause de son détestable beau-frère ; les exilés de toutes les provinces se réunirent à Tauris, et Bardanes fut revêtu de la pourpre sous le nom de Philippicus. Les troupes impériales ne voulant ni ne pouvant exécuter les projets vindicatifs de Justinien, échappèrent à sa fureur en renonçant à son obéissance ; l’escadre conduite par Philippicus arriva heureusement aux havres de Sinope et de Constantinople ; toutes les bouches prononcèrent la mort du tyran, tous les bras s’empressèrent d’y concourir ; il était dénué d’amis, il fut abandonné des Barbares qui le gardaient, et le coup qui termina sa vie fut célébré comme un acte de patriotisme et l’effet d’une vertu romaine. Tibère, son fils, s’était réfugié dans une église ; sa grand’mère, fort avancée en âge, en défendait la porte ; l’innocent jeune homme suspendit à son cou toutes les reliques les plus respectées ; il s’appuya d’une main sur l’autel et de l’autre sur la vraie croix ; mais la fureur populaire, lorsqu’elle ose fouler aux pieds la superstition, est sourde aux cris de l’humanité, et la race d’Héraclius s’éteignit après avoir porté la couronne durant un siècle.

Philippicus. A. D. 711. Décembre.

Entre la chute de la race des Héraclides et l’avénement de la dynastie isaurienne, se trouve un intervalle de six années seulement divisé en trois règnes. Bardanes ou Philippicus fut reçu à Constantinople comme un héros qui avait délivré son pays d’un tyran ; et les premiers transports d’une joie aussi sincère qu’universelle, purent lui faire goûter quelques momens de bonheur. Justinien avait laissé un grand