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le-champ le nom de Rhinotmète ; et le tyran, ainsi mutilé, fut relégué à Cherson, bourgade solitaire de la Tartarie-Crimée, qui tirait des blés, des vins et de l’huile des pays voisins, comme des objets de luxe.

Son exil. A. D. 695-705.

Justinien, banni sur la frontière des déserts de la Scythie, nourrissait toujours l’orgueil de sa naissance et l’espoir de remonter sur le trône. Après trois ans d’exil, il apprit avec joie qu’une seconde révolution l’avait vengé, et que Léontius avait été détrôné et mutilé à son tour par le rebelle Apsimar, qui avait pris le nom plus respectable de Tibère. Mais les prétentions de la ligne directe devaient être redoutables à un usurpateur de la classe du peuple, et ses inquiétudes étaient augmentées par les plaintes et les accusations des habitans de Cherson, qui retrouvaient les vices du tyran dans la conduite du prince exilé. Justinien, suivi d’une troupe de gens attachés à sa personne par une même espérance ou un même désespoir, s’éloigna de cette terre inhospitalière, et se réfugia chez les Chozares, qui campaient entre le Tanaïs et le Borysthène. Le khan, ému de compassion, traita avec respect un tel suppliant : il l’établit à Phanagoria, ville jadis opulente, située sur la rive du lac Mœotis, du côté de l’Asie. Justinien, oubliant alors tous les préjugés romains, épousa une sœur du Barbare, qui cependant, d’après son nom de Théodora, semble avoir reçu le baptême ; mais l’infidèle khan fut bientôt séduit par l’or de Constantinople, et sans la tendresse de sa femme, qui lui révéla les projets qu’on formait contre lui, Justinien aurait péri