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corde fraternelle souilla son règne ainsi que celui de son prédécesseur. Il avait accordé le titre d’Auguste à Héraclius et à Tibère, ses deux frères ; mais ce n’était pour eux qu’un vain titre, car ils continuaient à languir dans la solitude du palais, sans exercer aucun pouvoir et sans être chargés d’aucune fonction. À leurs secrètes instigations, les troupes du Théme ou province d’Anatolie, s’approchèrent de Constantinople du côté de l’Asie ; elles demandèrent en faveur des deux frères de Constantin le partage ou l’exercice de la souveraineté, et soutinrent cette demande séditieuse d’un argument théologique. Les soldats s’écriaient qu’ils étaient chrétiens et catholiques, et sincères adorateurs de la sainte et indivisible Trinité, que puisqu’il y avait trois personnes égales dans le ciel, il était raisonnable qu’il y eût trois personnes égales sur la terre. L’empereur invita ces habiles docteurs à une conférence amicale, dans laquelle ils pourraient proposer leurs raisons au sénat : ils s’y rendirent, et bientôt la vue de leurs corps, suspendus à un gibet dans le faubourg de Galata, réconcilia leurs camarades avec l’unité du règne de Constantin. Il pardonna à ses frères ; on continua à les nommer dans les acclamations publiques ; mais s’étant rendus de nouveau coupables, ou ayant été de nouveau soupçonnés, ils perdirent le titre d’Auguste, et on leur coupa le nez en présence des évêques catholiques qui formaient à Constantinople le sixième concile général. À la fin de sa vie Pogonat se montra soigneux d’établir le droit de