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cha sur les murs de Constantinople. Après avoir passe l’hiver à Athènes, il se rendit à Tarente en Italie ; il alla voir Rome, et termina à Syracuse, où il fixa sa résidence, ce honteux voyage marqué dans tout son cours par des rapines sacriléges ; mais s’il pouvait échapper aux regards de son peuple, il ne pouvait se fuir lui-même : les remords de sa conscience créèrent un fantôme qui le poursuivit par terre et par mer, la nuit et le jour ; sans cesse il croyait apercevoir devant lui la figure de Théodose qui, lui présentant une coupe remplie de sang, et l’approchant de ses lèvres, lui disait ou semblait lui dire : « Bois, mon frère, bois, » allusion à la circonstance qui aggravait son crime, pour avoir reçu des mains du diacre la coupe mystérieuse du sang de Jésus-Christ. Odieux à lui-même, et odieux au genre humain, il mourut dans la capitale de la Sicile par une trahison domestique, et peut-être par une conspiration des évêques. Un domestique qui le servait au bain, après lui avoir versé de l’eau chaude sur la tête, le frappa avec violence du vase qu’il tenait : le prince tomba étourdi du coup, et suffoqué par la chaleur de l’eau ; sa suite, étonnée de ne point le voir paraître, s’approcha de lui, et reconnut avec indifférence qu’il était mort. Les troupes de la Sicile revêtirent de la pourpre un jeune homme obscur, dont l’inimitable beauté échappait, comme il est facile de le concevoir, à l’habileté des peintres et des sculpteurs de son temps.

Constans IV, surnommé Pogonat. A. D. 668. Sept.

Constans avait laissé trois fils dans le palais de By-