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l’indignation, l’église fut pillée, les Juifs et les Barbares souillèrent le sanctuaire, et Pyrrhus, sectateur de l’hérésie des monothélites et créature de l’impératrice, pour se soustraire à la violence des catholiques, prit fort sagement le parti de s’enfuir après avoir laissé une protestation sur l’autel. Le sénat, momentanément revêtu de quelque force par l’assentiment des soldats et du peuple, avait à remplir des fonctions plus sérieuses et plus sanglantes. Animé de l’esprit de la liberté romaine, il renouvela l’antique et imposant spectacle d’un tyran jugé par son peuple ; Martina et son fils furent déposés et condamnés comme les auteurs de la mort de Constantin ; mais la sévère justice des pères conscrits fut souillée par la cruauté qui confondit l’innocent avec le coupable. [Châtiment de Martina et d’Héracléonas. A. D. 641. Sept.]Martina et Héracléonas furent condamnés à avoir l’une la langue, l’autre le nez coupés, et après cette cruelle exécution, l’un et l’autre passèrent le reste de leurs jours dans l’exil et dans l’oubli ; et ceux des Grecs qui se trouvaient capables de quelque réflexion durent, jusqu’à un certain point, se consoler de leur servitude, en observant où peut aller l’abus du pouvoir remis pour un moment entre les mains de l’aristocratie.

Constans II. A. D. 641. Septembre.

Quand on lit le discours que Constans II prononça devant le sénat de Byzance, à l’âge de douze ans, on se croit reporté à cinq siècles en arrière dans le temps des Antonins. Après l’avoir remercié du juste châtiment infligé aux assassins, qui venaient d’enlever à la nation les heureuses espérances que donnait le