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Saint-Esprit, il perdit toute inquiétude ; et l’historien n’ayant pu observer lui-même ce miracle domestique, il faut qu’il ait écouté, en cette occasion, la voix qui dicta à Isaïe la prophétie de la future conception d’une vierge. Le fils d’une vierge engendré par l’ineffable opération du Saint-Esprit était un être tel qu’on n’en avait jamais vu et qu’on ne pouvait comparer à rien ; dans tous les attributs de l’esprit et du corps il se trouvait supérieur aux enfans d’Adam. Depuis l’introduction de la philosophie grecque ou chaldéenne[1], les Juifs[2] croyaient à la préexistence, à la transmigration, et à l’immortalité de l’âme ; et pour justifier la Providence ils supposaient que l’âme subissait une prison corporelle, afin d’expier les fautes commises dans une situation antérieure[3] ; mais les degrés de la pureté et de la

  1. Cicéron (Tuscul., l. I) et Maxime de Tyr (Dissert. 16) ont dégagé la métaphysique de l’âme du dialogue embrouillé qui amuse quelquefois, et embarrasse souvent les lecteurs du Phèdre, du Phædon et des lois de Platon.
  2. Les disciples de Jésus croyaient qu’un homme avait péché avant d’être venu au monde (Saint Jean, IX, 2). Les pharisiens admettaient la transmigration des âmes vertueuses (Josèphe, De bell. judaic., l. II, c. 7) ; et un rabbin moderne assure modestement que Hermès, Pythagore, Platon, etc., avaient tiré leur métaphysique des écrits ou des systèmes de ses illustres compatriotes.
  3. On a soutenu quatre opinions différentes sur l’origine des âmes : 1o. on les a regardées comme éternelles et divines ; 2o. comme créées séparément avant leur union avec le corps ; 3o. on a pensé qu’elles tiraient leur origine de la souche pri-