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tres peuples de la terre, étaient presque retombés dans la vie sauvage. Leurs navires, qu’on avait vus jadis à Ceylan, osaient à peine se hasarder sur les rivières de l’Afrique ; les ruines d’Axum n’offraient plus d’habitans, la nation était dispersée dans les villages, et le grand personnage, pompeusement décoré du titre d’empereur, se contentait, soit en paix, soit en guerre, d’un camp rendu immobile. Les Abyssins, qui sentaient leur misère, avaient formé le raisonnable projet d’importer chez eux les arts et l’industrie de l’Europe[1] ; et les ambassadeurs qu’ils avaient à Rome et à Lisbonne, eurent ordre de solliciter une colonie de forgerons, de charpentiers, de tuiliers, de maçons, d’imprimeurs, de chirurgiens et de médecins : mais le danger public les détermina bientôt à solliciter un secours immédiat d’armes et de soldats pour la défense d’un peuple paisible, contre les Barbares qui ravageaient l’intérieur du pays, et contre les Turcs et les Arabes, qui, avec un appareil effrayant, s’avançaient des rives de la mer. L’Éthiopie fut sauvée par quatre cent cinquante Portugais, qui montrèrent dans les combats la valeur naturelle aux Européens, et la puissance artificielle du fusil et du canon. Dans un moment de terreur, l’empereur avait promis de se réunir, ainsi que

  1. Ludolphe, Hist. Æthiop., l. IV, c. 5. Les Juifs y exercent maintenant les arts de première nécessité, et les Arméniens font le commerce étranger. L’industrie de l’Europe (artes et opificia) était ce que Grégoire admirait et enviait le plus.